Catégorie : RENAULT Publié le jeudi 27 octobre 2011 14:53

L’enjeu est double pour le constructeur français en 1988, lorsqu’il présente sa nouvelle familiale compacte. Il s’agit d’améliorer nettement le niveau d’assemblage de sa production, afin de pénétrer sans complexe le marché d’Outre-Rhin. Pour atteindre cet objectif, Renault modernise largement son usine de Douai dont les chaînes désormais robotisées assembleront cette toute nouvelle « 19 », qui succède aux R9 et R11 en fin de carrière. Pour respecter la lignée, Renault décline son nouveau modèle en 3, 4 et 5 portes, auquel s’ajoute un élégant cabriolet, conçu et réalisé avec le très réputé carrossier allemand Karmann. Une carrosserie que Renault n’avait plus proposé depuis 1968 ! Seul un break manquera à l’appel. L’ensemble de la gamme aura droit à la déclinaison sportive maison badgée « 16S ». Un logo jusqu’alors inédit pour la marque au losange, plus habituée à offrir du punch par l’effet turbo, depuis l’ère…5. Les 18, 9, 11, 25 et 21 n’y échapperont pas. C’est l’effet Formule 1. A aucun moment pourtant les deux sigles ne seront associés sur la 19. A cette période, l’ex-Régie souhaite atteindre un nouveau seuil, celui de proposer des voitures plus homogènes, mieux assemblées et beaucoup plus fiables. Exit donc les anciennes recettes. La 19 signée « Ital Design » présentée en Juin 1988 en est l’aboutissement. Esthétiquement sobre, car destinée à une clientèle plutôt conservatrice, elle est proposée avec un répertoire très complet de finitions et de motorisations, en essence et diesel. La plus puissante version 16S apparaît au catalogue en Juillet 1990, après deux ans de patience, ainsi justifiés officiellement par la maison mère : la production ayant du mal à fournir suffisamment de culasses pour les 21 et 25 TXI, le retard rejaillit sur la livraison des 19 16S. Officieusement, on entend ici et là que c’est en fait le 1800 qui soufre de quelques aléas .
Quoiqu’il en soit, sur la base du moteur « Energy » à la réputation déjà établie en terme de fiabilité et longévité, les ingénieurs de Billancourt poussent la sophistication assez loin: la culasse 16S coiffant le bloc 1764 cm3 en alliage léger est de type hémisphérique, et reçoit des poussoirs hydrauliques et des soupapes d’échappement au sodium. L’alimentation est confiée à une injection multipoints. Outre cette motorisation inédite chez Renault, la 19 16S se distingue par une présentation personnelle : sur l’ensemble de ses carrosserie, elle adopte en série boucliers (intégrant anti-brouillard et clignotant à l’avant) et jupes latérales spécifiques, plus une originale sortie d’échappement ovale. Intérieurement, le conducteur calé dans un siège bien dessiné et parfaitement adapté à la conduite sportive aura sous les yeux des fonds de compteur au lettrage rouge-orangé et un volant trois branches. Beaucoup d’options figurent au catalogue: afin d’obtenir un prix d’attaque intéressant, l’équipement de départ est bien pauvre. La condamnation centralisée, les vitres électriques et même les jantes en alliage Speedline de 15 pouces sont absentes de la dotation de base.
Couple et puissance modérés
Ainsi gréée de son moteur « F7P », la 19 16s affiche 140 chevaux et un régime maximum de 7200 tr/m, pour un couple de 16,4 mkg. Pas de quoi affoler les roues avant motrices, accouplées à de classiques Pseudo-Mc Pherson triangulés, ni surtout une concurrence estampillée « 16S » que sont les Peugeot 309 (160 ch) et surtout Golf (139 ch), au moteur moins novateur mais plus brillant. Ce sera plutôt sur le registre de la facilité de conduite que la 19 aura son mot à dire : guidée par un train avant incisif et très précis, son comportement est sûr en toute circonstance. Motricité et adhérence sont difficilement pris en défaut. Il est vrai que la puissance et le couple ne sont pas énormes, surtout face au poids de 1100 kg qu’accuse la version 3 portes. Bref, elle cible une clientèle large mais sage, en offrant des performances honnêtes (0-100 km/h en 8,4 s, Vmax 215 km/h). Malheureusement, autant en reprises qu’en accélération, elle est en retrait des concurrentes de cette catégorie relevée. Efficace et facile à conduire vite, elle est capable d’enchaîner rapidement, et c’est même ce qu’elle réclame : attaquer en virage, sans relâcher la pression sur la pédale de droite pour ne pas être contrarié par la faiblesse de son couple.
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| La Renault 19 16s inaugure le premier moteur multi-soupapes. |
Une compacte sportive et confortable
La 19 16S possède d’autres atouts : confortable malgré sa suspension raffermie et bien insonorisée, elle est tout à fait capable d’embarquer 4 adultes dans sa version 3 portes, malgré un accès peu pratique à l’arrière. Son freinage à 4 freins à disques (ventilés à l’avant) ne rendent pas l’optionnel ABS indispensable. Sur le registre du comportement, la 19 16S obtient finalement une très bonne note. Plus que ses performances, en raison d’un moteur creux à bas régime, c’est la tenue route qui donnera le plus de satisfaction.
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En mai 1991, l’ensemble de la gamme subit un léger restylage : les designers Renault ont arrondi les angles autant à l’extérieur (prise d’air dynamique sur le capot, nouvelle calandre, bloc optiques différents, bandeau et feux arrière redessinés…) qu’à l’intérieur. La planche de bord, toujours aussi ergonomique, en bénéficie largement. Sur la 16S pourtant, on s’est bien gardé de toucher au bloc et à la puissance. Dommage car l’adoption d’un turbo ou l’augmentation de la cylindrée pour gagner en puissance auraient permis d’exploiter le potentiel très élevé du châssis, surtout que le catalyseur vient alors grignoter quelques chevaux. Mais à cette époque, Renault a déjà gagné son pari : reine de son segment en France en 1990 et N°3 des ventes toutes catégories confondues, la 19 s’offre également le luxe d’être la voiture étrangère la plus diffusée en Allemagne.

Acheter une Renault 19 16S
Encore très présente sur la marché de l’occasion, la 19 16S bénéficie d’une bonne fiabilité d’ensemble, et ne devrait pas trop pénaliser pas le portefeuille de son futur acquéreur en raison d’un budget d’entretien raisonnable. A condition d’en trouver une à l’historique connu et correctement suivi, car les exemplaires « rincés » sont aussi légion. C’est surtout au delà de 180 000 km que le moteur réclamera une attention particulière. Privilégier une version 3 portes au moins équipée de jantes alu et plus dans l’esprit « GTI », les versions 5 portes et « Chamade » jouant davantage dans le registre des familiales de caractère mais sont aussi beaucoup moins côtées. La version cabriolet tient le haut de l’affiche mais sa vocation sportive en 16S est discutable. Enfin, les modèles d’après restylage bénéficient d’une qualité de fabrication accrue et sont mieux dotés. L’approvisionnement en pièces ne pose pas de problème auprès du réseau Renault à l’exception des éléments de carrosserie spécifique.
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