[Les tiroirs de l’insolite] Renault Olympique 92 : communication de masse et oiseaux rares.

May 8, 2020 | À la une, Actus, La fabrique de Young

Dans les mois qui précédent les Jeux Olympiques d’Albertville 92, Renault prend part à une gigantesque opération de partenariat. Fin 1991, l’ex-Régie nationale célèbre l’évènement avec une série limitée d’image impliquant presque toute sa gamme, de la populaire Clio à la rarissime Alpine A610 Turbo…

Par Laurent Berreterot

Les Duchesnay et Surya Bonaly, servis matin, midi et soir sur petit écran, vous vous en souvenez ? Du 8 au 23 février 1992, la France vit au rythme des Jeux Olympiques d’Albertville. L’enjeu est certes sportif mais surtout publicitaire et économique. Les sites olympiques savoyards attendent en effet 800 000 visiteurs et les médias, 2,2 milliards de téléspectateurs. Faramineux ! Dès 1988, le Comité d’Organisation des Jeux a fédéré ses différents partenariats privés au sein d’un « Club Coubertin » réunissant douze grandes entreprises ou filiales françaises. Parmi elles, Alcatel, le Crédit Lyonnais, Evian, France Télécom, La Poste, la SNCF ou Renault. Ticket d’entrée, 50 à 70 millions de francs. Le prix d’une belle campagne publicitaire pour le losange compte tenu des énormes besoins de transport en tous genres sur les 13 sites du futur domaine olympique ! Pour cela, l’ex-Régie s’engage à fournir pas moins de 1 500 véhicules, de la Clio à l’autocar FR1 en passant par les R19, 21, 25 et Espace ou les utilitaires Express, Trafic et Master, presque tous peints en blanc et frappés du slogan « Vive le sport » alors en vigueur chez Renault. Pour les conduire, un appel à candidature des collaborateurs Renault de tous horizons est lancé. Ils seront un millier à prendre la route de la Savoie.

Courant 1990, l’ensemble des publicités et plaquettes publicitaires Renault, poids-lourds compris, arborent le logo officiel des JO, une flamme aux couleurs du blason savoyard. Dans le réseau, la mode des séries limitées de sport d’hiver débute en septembre 1990 avec la R25 « Méribel » du nom de la station de ski huppée. Cette série ne l’est pourtant pas vraiment et n’apporte que l’ABS, les jantes alliage et les rétroviseurs ton caisse au premier niveau de gamme (GTS, TX, TI, TX V6, Turbo D). L’opération est renouvelée un an plus tard sans plus d’originalité ni de luxe sous le nom d’une autre station chic, « Courchevel », mais de façon permanente. Plus typée, une R19 « Dynamic » apparaît en janvier 1991 sur base GTS ou GTX avec un jonc bleu ceinturant la caisse, un volant sport et une sellerie spécifique. En mars, Renault convie les journalistes à essayer la seconde génération d’Espace à Albertville et Courchevel, mais ce n’est qu’en novembre que le réseau profite d’un opportun produit d’accroche, la série « Olympique 92 ». A l’exception des R4, R5 Five, Express Break et Jeep Wrangler, trop utilitaires ou en fin de carrière, elle s’étend aux versions de pointe de chaque modèle de la gamme particulière, hors sportives et Baccara.

Sont concernées les Clio RT 1.7 3/5 portes, R19 TXI 5 portes, R21 TXI 5 portes, R25 TXI, Espace RXE V6i Jeep Cherokee 4 litres et Alpine A610 Turbo. Elles servent de faire-valoir aux « 20 jours olympiques » du réseau du 18 novembre au 7 décembre 1991. Comme sans doute des millions de français, j’avais trouvé le dépliant publicitaire dans ma boîte aux lettres et j’avais cassé les pieds à mes parents pour aller chez Renault tenter de gagner la Clio ! Au menu de la série, une teinte unique blanc Glacier 389 (ou blanc Arctique 329 sur Espace, Brillant 819 sur Cherokee, Gardénia 303 sur A610) avec roues d’origine assorties, des sièges en cuir cendré avec passepoil bleu électrique, un lecteur de CD, une sérigraphie latérale bleue représentant un skieur et, collé à l’arrière, le logo officiel « Albertville 92 », bien que le nom de la série soit bien « Olympique 92 ». Dans le détail, la Clio se passe curieusement de jantes en alliage, présentes sur toutes les autres. Le blanc n’existant pas au nuancier de l’A610, l’Alpine emprunte sa teinte aux anciennes V6 GT et V6 Turbo. Enfin, il s’agit pour la R25 de l’ultime série limitée avant l’arrêt de fabrication qui survient en février 1992, en plein JO. En somme, l’ « Olympique » n’a rien de sensationnel, mais le beau cuir plissé et les roues blanches apportent un plus distinctif à ces voitures rares puisque Renault n’annonce que 800 Clio, 500 R19, 300 R21 et 25, 100 Espace, 49 Cherokee et… 2 A610 !

Oui, seulement 2 ! Le modèle de base, présenté en mars 1991 en remplacement de la peu aidée Alpine Le Mans, est déjà une rareté avec un maigre total de 486 exemplaires assemblés sur l’année. Les 250 de 1992 confirment l’échec commercial de cette Alpine dépassant les 400.000 francs. Pour autant, Renault a tenu à l’intégrer aux vedettes de la gamme pour les JO. Au moins une « Olympique 92 » a servi à Albertville pour convoyer des sportifs ou VIP. Six employés de l’usine Alpine de Dieppe font même le déplacement. A l’issue des JO, elle est vendue comme occasion récente. La deuxième aurait été achetée par la concession Renault de Zurich. Elle ne diffère de la française que par des particularismes réglementaires : échappement aux normes locales et feux de position blanc au lieu de jaune. Les deux font figure de graal pour tout amateurs d’A610, plus encore que la série « Magny Cours », produite « massivement » à 31 exemplaires. La française, s’est laissée approcher par le grand public en 2017 à Rétromobile. Alpine, c’est-à-dire Renault, utilise alors l’évènement pour promouvoir le lancement de sa nouvelle A110 et présente un modèle de présérie au milieu d’une brochette d’Alpine toutes blanches, de l’A106 à l’A610 Turbo. Bien sûr, il n’y a qu’une seule façon d’obtenir une A610 albinos d’origine : trouver une des deux « Olympique 92 » que Renault Classic ne possède pas. Mission accomplie grâce au prêt d’un collectionneur privé. Immatriculée dans l’Allier, l’auto, magnifiquement conservée, a toujours son logo spécifique à l’arrière, tout juste jauni par le temps. Malgré l’exceptionnelle rareté de l’auto, je ne l’ai trouvé entourée d’aucune barrière ni de foule compacte de photographes amateurs. Au contraire, mise à l’écart dans un coin du stand, personne n’a su la reconnaître, à part bien sûr quelque connaisseurs et mordus d’éléphants blancs !

On a depuis retrouvé le deuxième exemplaire en France, en plaque « 56 ». Et même un troisième, exposé par le studio Alpine de Dieppe. Il ne s’agit cependant que d’une copie.

 

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