Un jour, des voitures : Peugeot 205 “Base”, XE/GE et XA 954 cm³

Juil 6, 2021 | À la une, Actus, La fabrique de Young

A l’opposé des trois 205 GTI essayées ce mois-ci dans Youngtimers (n°122), intéressons-nous à l’autre extrême de la gamme, la 205 « tout court », base de la gamme 5 portes originelle, commercialisée en février 1983, et à ses dérivés partageant le petit moteurs 954 cm³. Autant de versions dont on ne parle jamais…

Même un puriste de l’ascétisme ou un amateur de voiture « essentielle » risque d’être découragé par cette 205, par ailleurs introuvable. Elle est à ce point dépouillée qu’on se demande si l’usine de Mulhouse l’a terminée. Perchée telle une 104 sur de misérables galettes de 13 pouces sur 135 mm de large, elle se passe de baguette de protection latérale, d’horloge, d’allume-cigare, de vide-poche et de cendrier dans les contre-portes, de pare-soleil passager, de tablette cache bagage ou de moquette dans le coffre. Du vinyle recouvre les pauvres sièges et un comptable en costume gris a sans doute poussé à remplacer les accoudoirs de porte par des poignées-valise valant trois francs six sous de moins ou encore à facturer le dégivrage de la lunette arrière en supplément ! Quant au second rétroviseur, naturellement absent, la loi ne l’imposait tout simplement pas à l’époque. Pourquoi en faire cadeau au client ? Cette version “kolkhozienne” n’avait bien sûr pour raison d’être que d’attirer le chaland par sa petite vignette de 4CV et un prix inférieur à 40.000F, somme demandée jusque là par une 104 GL, le boulot du vendeur consistant à orienter sa proie vers une 205 un peu plus coûteuse et profitable. N’oublions pas non plus que l’on trouvait encore sur le marché du neuf des vestiges tels que la 2CV et la R4 ainsi que des importations du bloc de l’Est à la technologie Fiat des années 1960…

A partir de juillet 1984, la 205 de base, parfois appelée “GE”, n’est plus fabriquée que pour punir les administrations et les forces de Police… Pour les particuliers, elle connaît un équivalent durable, la 205 XE, dans la ligne “X” 3 portes introduite au salon 84. Une version utilitaire à TVA récupérable, encore plus pauvre puisque dépourvue de banquette arrière, s’ajoute à la mi-88 (La Poste, notamment, en utilisera par flottes entières). Sans surprise, la XE ne représente qu’une minorité des ventes, la 205 se vendant surtout en versions moyennes et hautes, au plus grand bénéfice de Peugeot. Mission accomplie pour la XE-repoussoir dont le petit moteur de 954 cm3 consomme d’ailleurs d’avantage que le 1124 cm3 des XL/GL et XR/GR, lequel peut recevoir une cinquième vitesse.

En 1986, Peugeot change pourtant de stratégie quant à son entrée de gamme et développe sur une base de XE, une série spéciale jeune (et permanente), la Junior. On rajoute un jonc chromé aux pare-chocs, des bandes latérales tricolores et des enjoliveurs intégraux couleur caisse lorsque celle-ci est blanche. Il a sans doute eu débat à ce sujet avec le comptable en costume gris, les premières photos de presse montrant le Junior avec de simples cabochons de roue ! L’habitable gagne des appuie-têtes et la fameuse sellerie en jean. L’équipement de série est toujours aussi pingre (et le dégivrage AR toujours optionnel à 100F !) mais l’auto se fait moins hostile à la joie de vivre et le succès suit, porté par une campagne de publicité ciblée. “Hou la belle 205 Junior, à l’intérieur plus personne t’ignore !”

Vous vous rappelez ? La jolie Junior n’a cependant pas fait disparaître la sinistre XE. Après la suppression de la 104 à la mi-88, elle demeure la moins chère des Peugeot jusqu’à l’été 91, quelques semaines avant l’introduction de la 106 XN elle-aussi sévèrement ascétique. N’importe quel concessionnaire aurait caché la 205 XE derrière une plante verte, mais Peugeot n’hésite pas à la proposer comme “super cadeau” récurrent au jeu télévisé de la Roue de la Fortune, prodigieux apport de la culture américaine à notre civilisation multiséculaire, à partir de 1987. Peugeot y “place” régulièrement ses autres entrées de gamme archi-démunies, la 309 XE et la 405 GL 1360 cm3, seule 405 à moteur TU, mais pourvue tout de même de baguettes latérales et d’enjoliveurs intégraux. La Roue de la Pringrerie ? Pas tant que ça, finalement, comparée à l’autre grand jeu de TF1, Le Juste Prix, lequel a proposé dans ses “vitrines” des vestiges de la production de l’Est, FSO Polonez, breaks Montana et autres 4×4 Aro “embellis” par les importateurs français avec des bandes adhésives criardes et des enjoliveurs de caravane !

Texte : Laurent Berreterot

1 Commentaire

  1. samsufi

    Merci à Youngtimers pour ce sympathique hommage, non dénué d’humour (ah, notre récurrent comptable en costume gris), à une de ces pauvresses de l’automobile, qui n’avaient de canon que leur tarif sur les publicités. N’empêche, dans sa livrée Junior, la 205 résiste toujours dans nos campagnes…

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